« Le plaisir du football reviendra, mais des traces resteront »

  • 27.03.2020

Romano Clavadetscher, 56 ans, est le président du comité de la Première Ligue depuis le mois de novembre 2014. Dans son interview il commente la situation actuelle autour du coronavirus et les options possibles pour une reprise du championnat.

Monsieur Clavadetscher, que fait le président de la Première Ligue pendant l’arrêt de toutes compétitions suite à la pandémie du coronavirus ?

Romano Clavadetscher: Il y a toujours quelque chose à faire. A part les contacts permanents avec les clubs et les tâches du comité, je suis jour par jour en contact avec mes collègues du comité central de l’ASF. Il s’agit d’une part d’analyser régulièrement la situation de l’ASF et de ses collaborateurs. D’autre part la communication et la concordance entre les sections reste importante. Le but est de diriger le football le mieux possible à travers cette crise.

Une question qui préoccupe beaucoup ces jours ­– sera-t-il encore possible de jouer au football cette saison ?

Une chose est claire à mon avis: Si nous avons vraiment la possibilité de reprendre les compétitions ce printemps, il faut absolument coordonner les différentes catégories de jeu. Si les délais le permettent et que nous jugeons la situation judicieuse pour rejouer, nous allons l’entreprendre. Mais l’impulsion doit venir des associations internationales, continuer par l’élite des différents pays, sans perdre des yeux les ligues voisines. Mais la discussion avec les régions et les clubs est toute aussi importante pour mener un programme à sa bonne fin. A l’ASF nous sommes prêts pour cette discussion. Mais au contraire, si la reprise n’est plus possible ou si elle viendra trop tard, il y a de différentes opinions. Un scénario répandu dans d’autres sports est de mettre tous les compteurs à zéro.

La Première Ligue a déjà renvoyé le tour du 7 et 8 mars, même en absence de directives de certains cantons interdisant les compétitions sportives. Pourquoi ?

Notre objectif est de maintenir le fairplay dans nos compétitions. Il n’était donc pas question de jouer certains matchs alors que d’autres clubs – je pense aux clubs du Tessin – n’auraient plus pu jouer. La Promotion League que nous gérons est une ligue nationale et la 1ère ligue est interrégionale. Nous exigeons les mêmes conditions pour tous.

Comment procédez-vous avec des clubs qui rencontrent des difficultés pendant cette période exceptionnelle ?

Nous sommes en contact permanent, moi personnellement, les membres du comité et les responsables des groupes. Mais la solidarité qui règne entre nos clubs est bien plus importante – et elle existe. Les expériences faites par un club peuvent rendre d’excellents services à un autre club qui rencontre une situation comparable, je parle des contacts avec les instances politiques et de la gestion des joueurs non-amateurs. Les rencontrons des situations très différentes.  Il est donc primordial pour les clubs de pouvoir construire sur des structures saines et du personnel formé qui ont du savoir-faire.

Et concrètement, comment pouvez-vous soutenir les clubs?

Il y a de différentes formes de soutien. En premier lieu les clubs peuvent bénéficier du travail à temps réduit pour leurs employés. En vue de la situation actuelle, cette option n’est pas uniquement valable pour les contrats illimités, mais aussi pour des contrats de travail limités. La durée du travail à temps réduit a été augmentée à six mois. Les prêts à taux zéro sont une autre option pour les clubs et les petites et moyennes entreprises (PME). L’Office Fédéral du Sport met un montant de 50 millions à disposition et les conditions sont bonnes pour les sports de base pour pouvoir en profiter. Il faut tout simplement justifier une pénurie de liquidité pendant la crise actuelle. Mais j’espère évidemment qu’aucun de nos clubs ne se retrouve dans cette situation.

Quelles sont les conséquences que la situation actuelle pourrait avoir pour le football en général et pour la Première Ligue ?

Un impact financier me semble sans doute inévitable. La Première Ligue est une section très saine sur le plan financier. Notre chef des finances Marco di Palma a analysé la situation et confirmé ce point de vue. Mais il est fort possible que cette crise déclenche une phase de réflexion qui remettra notre manière actuelle de procéder en réflexion. Je pense aussi au développement des montants de transferts et des salaires, surtout au football professionnel et son influence sur les ligues inférieures. Jusqu’à ce jour on partait du principe que les recettes produites par le football étaient illimitées. Mais l’économie devra aussi maîtriser la crise et ceci aura comme conséquence un sérieux « coup de frein ». La tendance vers l’individualisme sera aussi remise en question. Nous remarquons tous que la solidarité et la coopération gagnent de nouveau du terrain. Mais le plus important reste toujours : L’amour du football. Je souhaite pour nous tous que nous retrouverons notre passion et ce plaisir sur nos terrains et que la progression de nos joueurs talentueux continue.

Le 6 mars passé l’ASF a commencé la discussion de la structure des classes de jeu pour le football d’élite au futur. De quoi s’agit-il ?

En premier lieu, il s’agissait de faire le point de la situation des différentes sections de l’ASF. La Première Ligue est représentée par deux membres au groupe de travail (Markus Hundsbichler et Fritz Aeschbach). Le suivi du projet est garanti par le comité et un groupe formé de représentants des clubs. La question principale est de créer une structure (de la Challenge League jusqu’au football amateur) qui offre des compétitions de classe et du temps d’engagement à haut niveau pour nos meilleurs talents. Il s’agit de trouver un modèle pour le futur, mais les discussions seront sans doute aussi des discussions politiques. Tous les partis ont signalé la bonne volonté de créer un avantage pour le football suisse entier. L’ASF et les trois sections ont signé une telle déclaration initiée par la Première Ligue.

(Interview: das)

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